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Une pièce supplémentaire à verser au débat pour ou contre le casque à vélo ? Article d'Olivier Razemon.

Une pièce supplémentaire à verser au débat pour ou contre le casque à vélo ? Article d'Olivier Razemon.

 

24 février 2016

 

10 arguments contre l’obligation du port du casque à vélo

 

 [Mise à jour, décembre 2016. Le casque sera obligatoire à vélo pour les enfants de moins de 12 ans à partir du 1er janvier 2017. Les arguments développés ci-dessous contre cette obligation (et non contre le port du casque, ce n’est pas la même chose) demeurent valables.]

 

Faut-il obliger les personnes se déplaçant à vélo à porter un casque ? C’est le souhait du sénateur Hervé Maurey (UDI, Eure), qui a déposé une proposition de loi en ce sens en février 2016. Depuis, la controverse alimente les gazettes, les radios et les conversations, et le sénateur lui-même confie qu’il ne s’attendait pas à cette soudaine heure de gloire. Le débat n’est pas nouveau et il a, d’une certaine manière, déjà été tranché plusieurs fois. Voici 10 arguments contre l’obligation de porter un casque à vélo.

 

Sur le même thème, et de manière significative :Comment Valérie Pécresse, en deux minutes, a changé d’avis sur le casque à vélo (septembre 2016)

 

Précision utile : il s’agit d’arguments contre l’obligation du port du casque, non contre le casque en soi. Ce n’est pas la même chose. On peut tout à fait porter un casque et considérer qu’il ne faut pas l’imposer à tous, pour tous les trajets. Le casque protège effectivement contre certains chocs en cas de chute sur la tête.

 

1/ Le café du commerce est incompétent. « Le casque ? En ville oui, mais à la campagne, non ». C’est le résultat d’un micro-trottoir effectué par le quotidien Le Parisien. Sauf qu’en réalité, le risque est plus élevé à la campagne qu’en ville. Plus de la moitié des quelque 150 décès annuels ont lieu en-dehors des agglomérations. En revanche, 85% des accidents ont lieu en milieu urbain. Les accidents sont donc moins graves en ville qu’à la campagne. Cette méconnaissance s’explique par une confusion, classique, entre la pratique de loisirs et les déplacements quotidiens. Le vélo urbain n’est pas une course de vitesse, plutôt une marche accélérée. Rien n’interdit, évidemment, à chacun de porter un casque s’il le souhaite. Mais s’il fallait impérativement en porter un, ce serait sur une route de campagne, pas dans un univers urbain.

 

2/ Le vélo n’est pas dangereux en soi. On pédale de manière régulière, sans à-coups, sans accélération brusque. C’est un véhicule léger, jamais plus de 25 kilos, même avec une assistance électrique. Le vélo lui-même n’est pas dangereux. Ce sont les autres véhicules, ou certaines pratiques, vitesse ou VTT, qui peuvent l’être. Dans ces conditions, mieux vaut inciter les cyclistes à renouveler leurs pneus régulièrement, disposer de bons freins et d’un éclairage correct plutôt que de les obliger à porter un casque.

 

3/ Erreur de diagnostic. Les traumatismes crâniens consécutifs à un accident se produisent en voiture, à pied, à moto, au travail ou tout bonnement chez soi. Et tout ceci plus souvent qu’à vélo. En outre, la plupart du temps, lorsqu’on tombe d’un vélo, ce n’est pas sur la tête. Faut-il dès lors équiper tous les usagers, quel que soit leur moyen de déplacement, d’un casque ? Faut-il, même, couvrir tout le monde de protège-genoux, de protège-coudes, de minerves ? Ou plutôt en appeler, comme le souligne le blog Weelz, à la responsabilité individuelle ?

 

4/ La sécurité par le nombre. Plus il y a de cyclistes, moins ils ont d’accidents. C’est logique : plus les automobilistes sont habitués à voir des vélos, plus ils font attention. On passe de « je ne l’ai pas vu » à « je n’en vois pas, où sont-ils ? ». Et ça marche aussi pour les piétons. Ainsi, la meilleure manière pour limiter le risque de collision, en ville, est d’abaisser la vitesse maximale des véhicules motorisés. On peut aussi construire des infrastructures sécurisées, des pistes cyclables, à condition que leur continuité soit assurée aux carrefours.Christophe Najdovski, adjoint à la maire de Paris, qui a pour objectif de passer la part du vélo dans les déplacements de 4% à 15% en 2020, est d’ailleurs « contre l’obligation du port du casque ».

 

5/ Les marchands de vélo contre l’obligation. Ils vendent des casques mais sont contre l’obligation d’en porter un. « Oui au libre choix individuel, non à l’obligation », tranche Boris Wahl, fondateur du réseau Cyclable. « Il faut plus de gens sur les vélos, et la non obligation est un argument de plus pour les convaincre », affirme Amine Skalli, responsable marketing des magasins Holland Bikes. L’auteur du blog Matos vélo, qui ne pédale jamais sans casque, s’oppose lui aussi à l’obligation.

 

Pour compléter : Quand le lobby automobile veut imposer le casque aux cyclistes (juillet 2013)

 

6/ Trois pays au monde. Dans trois pays seulement, le port du casque est obligatoire (en rouge sur cette carte publiée par Wikipedia): l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ainsi que 5 provinces du Canada. Dans plusieurs autres pays, l’obligation est circonscrite aux enfants ou adolescents, ou vaut seulement sur certains types de routes. Aux États-Unis, le port du casque est recommandé par les compagnies d’assurance. Ni les Pays-Bas, ni le Danemark, ni l’Allemagne, ni l’Italie, pays où l’usage du vélo est le plus développé en Europe, ne sont concernés. Aux Pays-Bas, pratiquement personne ne porte de casque à vélo. Parce que l’on s’y sent en sécurité. En France, c’est à Strasbourg, où le déplacement cyclable est une évidence, que le taux est le plus faible, environ 10%, selon des observations régulières. Contre 20% environ à Paris.

 

Pour compléter : Les Pays-Bas, monarchie cyclable (avril 2013)

 

7/ Pour la santé. En Australie, l’obligation, instituée au début des années 1990, a fortement limité la pratique du vélo. Une commission du Sénat australien se pose la question d’un retour au facultatif. « Les lois sur le casque ont amené de nombreuses personnes à renoncer au vélo au profit de la voiture ou de la sédentarité. Cela provoque un problème beaucoup plus important de santé publique », relate The Guardian.

 

Lire aussi : Ne pas faire de vélo, c’est dangereux pour la santé (septembre 2012)

 

8/ Que deviendra Vélib’? Si l’obligation devait, au terme d’un long processus parlementaire, entrer en vigueur, cela handicaperait sans doute lourdement les systèmes de vélo en libre-service. Il serait en effet indispensable pour chaque utilisateur potentiel du Vélov’, du Velomagg ou du VCub, de se déplacer en permanence avec un casque de vélo. Au cas où.

 

9/ Pas de casque pour le ministère de l’intérieur. Le 17 février, le ministère de l’intérieur présentait les nouveaux visuels destinés à sanctionner l’épreuve du « Code ». Sur certaines images figurent des cyclistes… qui ne sont pas affublés d’un casque.

 

10/ Confusion des objectifs. Soit on considère que les objets motorisés, voitures et motos, sont voués à rouler toujours aussi vite et en aussi grand nombre. Ainsi, chacun pourrait se déplacer à sa guise, quelle que soient les conséquences pour les autres usagers. La proportion de trajets à vélo demeurerait alors faible et après tout ce serait très bien comme ça… Dans cette hypothèse, il faut protéger ces « cyclistes inconscients » contre eux-mêmes.

 

En revanche, on peut considérer les déplacements dans leur ensemble, en cherchant à limiter la congestion, le bruit et la pollution, tout en favorisant l’accès de tous aux transports. Dans ce cas, le vélo a un rôle majeur à jouer. Et la meilleure manière de l’encourager, c’est de donner confiance aux cyclistes.

 

Le raisonnement pro-obligation s’inscrit donc dans une logique « toutes choses égales par ailleurs ». Le raisonnement anti-obligation prend en compte un autre impératif, la modification des comportements. C’est ce raisonnement-là que défendent en général les pouvoirs publics. Comme l’explique un document récent, « les bénéfices individuels et collectifs du vélo sont indéniables en termes de protection de l’environnement, de santé publique mais également en termes économiques ». Qui a dit cela ? C’est le sénateur Hervé Maurey lui-même, dans l’exposé des motifs de sa proposition de loi.

 

Olivier Razemon,  sur Twitter et sur Facebook